Le chat errant et l’humain vulnérable

Ce matin, ma route a croisé celle d’un chat. Pas n’importe quel chat : pas un chat bien portant, bien propre sur lui dont le poil – on le voit – a été léché et reléché pendant des heures, pas un chat qui tous les soirs peut dormir sur le moelleux d’un canapé, qui peut ronronner dans les bras d’un maître ou d’une maîtresse, pas un chat qui sait qu’il aura toujours son bol de croquettes au matin. Non, un chat seul, un chat errant, un chat des rues. Ça se voit tout de suite, au poil notamment, qui est dans tous les sens.

Tenez, c’est lui :

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Je me suis inquiétée en le voyant alors je suis rentrée chez moi et lui ait rapporté un bol d’eau et un bol de croquettes.

Il tremblait de  tout son petit corps de chat errant.

Mais ce qui m’a le plus marqué c’est son regard lorsqu’il se nourrissait.
Il tremblait quand je me suis approchée de lui mais il avait très faim. Tout tremblant,il s’est mis à manger, dans une sorte d’urgence, les croquettes. Il relevait la tête régulièrement, me regardant pour vérifier mes réactions…. Il n’avait aucune confiance en moi, pourtant, il avait besoin de cette nourriture, il a fait le choix de me faire confiance pour pouvoir se nourrir. Mais j’aurais pu lui faire du mal…

Ce regard m’a touchée car c’est le regard des êtres vulnérables.

Le regard des êtres affamés (qu’il s’agisse de nourriture affective ou matérielle). Le regard des êtres qui peuvent laisser s’approcher d’eux n’importe qui car, un moment donné, le besoin est tellement fort qu’on ne peut plus se protéger.

Je me revois, plus jeune, dans un tel besoin d’amour et d’attention, que je ne faisais pas le tri. Je prenais, je prenais sans trier.

Un tel était-il un salaud? Il m’apportait au moins le minimum d’attention et d’affection dont j’avais besoin pour me sentir exister. Alors j’acceptais les saloperies. Il m’était de toute manière vital de me nourrir affectivement.

Le fonctionnement est le même pour tous les êtres vulnérables : arrive un moment où la fragilité est telle qu’on ne peut plus se protéger des êtres mauvais. On prend la caresse quitte à prendre les coups qui vont avec.

Comment se sortir de là?

La seule chance de ce petit chat est de trouver un foyer aimant qui, à la fois le protégera, mais aussi, lui donnera la force de se protéger lui même.

Lorsqu’on a l’amour, l’attention et les soins dont on a besoin à la maison, pourquoi se laisserait-on maltraiter à l’extérieur? Au contraire, on est fort, solide, sûr de soi. On ne se fait pas avoir par le/a premier(e) inconnu(e) qui nous prodigue caresse et attention… On peut se faire respecter…

Comme ce petit chat, ma seule chance est de vivre dans un foyer aimant qui me procurera amour, attention et soins nécessaires. Mais je ne suis plus une enfant. Personne ne me recueillera pour prendre soin de moi. Je n’ai d’autre choix que d’être mon propre parent, tenter, bon an mal an, d’être bonne pour moi, en attendant qu’un ou d’autres êtres m’aident à remplir ce rôle.

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